Énergie: le gel des prix coûtera 200 millions d'euros

Modifié par Daan Slingers le 19/10/2012

Le gel des prix du gaz et de l’électricité va représenter un manque à gagner de 200 millions d’euros pour les fournisseurs, estime le consultant Sia. Il voit la Belgique comme un marché à risque.

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© Eandis
L’ardoise s’alourdit… Certains fournisseurs d’énergie commencent à trouver longue la période de gel des prix du gaz et de l’électricité. Cette mesure, activée dans l’urgence par le gouvernement fédéral le 1er avril, est supposée se terminer à la fin de l’année.
Cette période de neuf mois doit en principe être mise à profit par l’exécutif pour installer différents mécanismes structurants destinés à limiter les hausses des prix du gaz et de l’électricité en Belgique. Le résultat est que pendant ces neuf mois, aucun fournisseur de gaz et d’électricité ne peut indexer les prix de ses contrats variables.

Touchés en plein cœur

Si certains fournisseurs comme Electrabel et EDF Luminus ont bien tenté de contourner une loi jugée trop approximative en indexant malgré tout leurs prix avant le début de la période de gel, aujourd’hui la mesure est parfaitement respectée. Le gel est total!
Et le conflit ouvert entre le secrétaire d’État à l’Énergie Melchior Wathelet et son homologue à l’Économie Johan Vande Lanotte ne devrait visiblement pas permettre un dégel plus rapide.

L’homme fort du sp. a n’entend visiblement pas lâcher les prix avant le 1er janvier. De quoi faire grincer des dents dans les rangs des fournisseurs de gaz et d’électricité en Belgique. La mesure passe même très mal. Et certains ne se privent pas de le dire haut et fort. Essent a par exemple déjà annoncé la couleur en affirmant qu’il allait devoir vendre son gaz à perte d’ici la fin de l’année. L’Italien Eni et Electrabel, la filiale de GDF Suez, estiment eux que ce gel n’avait pas lieu d’être.

La mesure du gouvernement fait mal financièrement. D’après une analyse menée par le bureau bruxellois du consultant français spécialisé dans l’énergie Sia Partners pour "L’Echo", les fournisseurs vont perdre 200 millions d’euros sur la période du gel des prix. "Durant la période du gel des tarifs décrétée par le gouvernement, l’augmentation des prix de l’énergie aux consommateurs a été artificiellement arrêtée par une directive controversée", explique ainsi Jean Trzcinski, manager chez Sia Partners.

"En bloquant l’indexation à la hausse des tarifs électricité et gaz pour les clients résidentiels, le chiffre d’affaires des fournisseurs a diminué de 4 à 10% par mois entre avril et décembre 2012", estime le consultant.
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Tarifs d’injection et taxe nucléaire

Les hypothèses prises pour l’analyse menée par Sia Partners se basent notamment sur un marché belge où 42% des contrats pour l’électricité et 38% pour le gaz sont concernés par l’indexation. Il n’exclut pas non plus une marge d’erreur de 15%.

Outre ce gel qui "diminue le chiffre d’affaires des fournisseurs et handicape les investissements où même, pire, fait peser un risque sur la rentabilité de certains", Jean Trzcinski pointe deux autres événements liés à la pression régulatoire et fiscale qui produisent un effet défavorable supplémentaire sur le marché belge de l’énergie. "L’arrêt de centrales nucléaires va fragiliser le socle de la production belge et augmenter la dépendance énergétique et ainsi influencer négativement la balance des paiements", pointe Sia Partners.

Il évoque également la taxe sur la production nucléaire. De 550 millions d’euros pour l’année 2011, elle devrait théoriquement être revue à la baisse pour 2012 avec l’arrêt des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2.

Il met également en avant la taxe sur les injections "qui rend les centrales belges — même neuves — moins compétitives et entraîne une diminution de l’offre". Cette taxe de 143 millions d’euros va surtout toucher les producteurs qui possèdent des installations datant d’avant 2002, et donc principalement celles d’Electrabel et EDF Luminus.

Contacté, Electrabel rappelle qu’en 2011, il a payé en taxes et contributions 360 millions d’euros. Il énumère notamment les taxes sur le charbon, sur l’eau et sur la force motrice.

Pour 2012, avec la hausse de la taxe nucléaire, Electrabel s’attend à revoir vers le haut les montants à verser à l’État. Ceux-ci pourraient avoisiner les 600 à 700 millions d’euros.

Jean Trzcinski ne tourne pas autour du pot. "La Belgique devient un marché à risque en terme d’investissements. Il est aisé de comprendre que les groupes à dimension internationale vont favoriser leurs investissements vers des économies où la pression régulatoire est plus tendre".

Source: L'Echo

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