En 2021, du « zéro énergie » sinon rien

Modifié par Vinciane Pinte le 7/11/2012

L’Europe a tranché : dès 2021, tous les nouveaux bâtiments devront être « zéro énergie ».  Réalisable en Belgique dans un délai si court ?  Plutôt compliqué, mais pas impossible. Reste toutefois à régler le problème du surcoût et à ne pas oublier la rénovation.

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© Architect Christophe Debrabander
L'année 2021. Cela peut sembler lointain. Mais l’air de rien, 9 ans, pour bouleverser le monde de la construction, c’est plutôt court. Pourtant, il faudra s’adapter : dès 2021, tous les nouveaux bâtiments qui sortiront de terre devront obligatoirement répondre au standard « zéro énergie ». Telle est la volonté des instances européennes.

Un vœu pieux ? Une chose est sûre : en Belgique, il y a encore énormément de pain sur la planche. Pour le moment, les habitations neuves doivent posséder un « niveau k » (soit un niveau d’isolation) de maximum 45 en Wallonie et 40 à Bruxelles. Autant dire que l’on est encore loin du modèle « zéro consommation »…
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Petit rappel, histoire de s’y retrouver dans cette jungle énergétique. On recense 3 types de maisons vertes : d’abord la « basse énergie », qui doit présenter un niveau k de 30. Ensuite la « passive », hyper bien isolée afin de n’utiliser qu’une source de chauffage d’appoint (k15). Enfin la « zéro énergie », celle que l’Europe veut imposer, qui possède le même niveau k que la passive, à la seule différence qu’elle produira elle-même sa propre consommation énergétique (panneaux solaires, pompe à chaleur…).

Voilà pour les définitions… actuelles. C’est-à-dire livrées par le Gouvernement belge pour réglementer l’octroi des primes. Mais la directive européenne se montre très floue sur le sujet. Des discussions sont actuellement en cours pour tenter de trouver une définition qui convienne à tous. Il est plus que probable que le zéro énergie d’aujourd’hui soit différent de celui de demain.
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Cela n’empêche pas les autorités de se préparer. A Bruxelles, d’ici 2015, tous les bâtiments neufs devront être passifs. En Wallonie, on évoque plutôt 2018. Le marché est-il prêt ? « Je n’en suis pas sûr, répond Francis Carnoy, directeur général de la Confédération Construction Wallonie. L’absence de définition claire pose problème. Cela dit, la demande pour ce type de bien est de plus en plus forte. Neuf ans, c’est court, mais ce n’est que le reflet de l’urgence climatique ! »

Une flambée des prix ?

Pour Michel De Keyser, ancien président de l’Ordre national des architectes, la question n’est pas de savoir si la loi est applicable. « Mais plutôt : qui pourra encore accéder au logement dans quelques années ? Le surcoût, pour un bâtiment passif, est selon moi de 20 à 25 %. C’est vrai que c’est amorti avec les économies réalisées par la suite. Mais il faut tout de même les avancer. Or est-ce que quelqu’un qui a les moyens de construire passif est vraiment celui qui aura des difficultés à honorer sa facture énergétique ? »
Maison passive
Maison passive.
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« Si l’exception devient la règle, ces nouvelles technologies deviendront plus abordables, nuance Francis Carnoy. Il faudra construire plus performant et moins cher. C’est pour cela que des recherches sont en cours pour diminuer les coûts, grâce à l’industrialisation de la construction et des maisons réalisées en usine. »

Imposer le standard zéro énergie pour le neuf n’est-il pas finalement une goutte d’eau dans un océan immobilier généralement mal
isolé ? « Une goutte d’eau assez grosse, estime Ismaël Daoud, conseiller en construction durable au sein du cabinet de la ministre bruxelloise de l’Environnement Evelyne Huytebroeck. A Bruxelles, imposer le passif en 2015 permettra de réduire nos émissions d’un demi pour cent. Par rapport au bâti existant, c’est vrai que c’est peu, mais c’est déjà ça. »

Reste que la rénovation a un rôle important à jouer. Or en la matière, aucune exigence de performance énergétique n’est obligatoire. Contradictoire ? « On préfère inciter les gens, via des primes », note Francis Carnoy. La suppression récente de plusieurs incitants fiscaux au fédéral a toutefois marqué un coup d’arrêt, que tous les acteurs du secteur espèrent temporaire. Car le « zéro énergie » pour quelques-uns, c’est bien. Pour tous, c’est mieux.

Source :  Le Soir, Mélanie Geelkens, 16 octobre 2012.

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